Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
2 janvier 2012 1 02 /01 /janvier /2012 17:40

Au milieu de l’année mil neuf cent cinquante, nous habitions le quartier de la Glacière à Hussein-Dey, près du Caroubier. Je n’avais pas pu aller en classe cette année, faute de place. Heureusement, en mil neuf cent cinquante et un, nous avions emménagé dans le quartier de Léveilley, à Hussein-Dey, au vingt trois de la rue Courly. Nous étions locataires chez monsieur Slimane, négociant en lait, et propriétaire de nombreux logements qu’il louait.

J’aimais bien ce quartier populaire, nous étions en ville, avec toutes les commodités à proximité. L’arrêt de bus à notre porte, les commerçants tout proches, et mon école à environ dix minutes à pieds rendaient la vie plus facile. Ma sœur Florence nous avait rejoint quelques temps avec son mari et son fils Marcellin, un magnifique bébé tout blond venu de Dakar. Ils arrivaient du Sénégal où Hervé était en poste à Air France.

Maman me parlait souvent d’eux, aussi j’étais impatient de les voir. Quand ce jour arriva j’étais très heureux, notre train-train quotidien changeait enfin. Papa, toujours très matinal, se faisait un plaisir de donner le premier biberon de la journée à Marcellin avant de partir pour son travail.

Ma sœur Geneviève et son époux Martin logeaient aussi tout près. Martin possédait une moto Terrot. Elle m’attirait tellement que je passais beaucoup de temps à l’observer lorsqu’il effectuait des réparations d’entretien. Il était contraint de remplacer régulièrement l’embrayage. Il le rénovait à l’aide de bouchons de liège, provenant tout simplement des bouteilles utilisées. Lorsqu’il avait un peu de temps libre, c’était pour confectionner de superbes cerfs volants. A l’aide de roseaux fendus en deux pour l’armature, en utilisant son couteau de poche Douk-Douk. Ce couteau entièrement en acier dont le manche métallique en forme de U, revêtu de la croix d’Agadès, maintenait une lame coupante tel un rasoir. Du papier journal collé avec de la farine et de l’eau pour la voilure, de la ficelle, qu’on appelait guitane, pour le compas et la réserve de fil et le cerf volant était prêt. Nous nous rendions sur un terrain situé derrière nos habitations pour le faire évoluer dans les airs, et passer des moments formidables à ce divertissement.

Mon frère Etienne à cette époque préférait le vélo, il en avait un magnifique, un modèle de course. Faisant parti d’un club cycliste, que Monsieur Alonzo dirigeait avec beaucoup de dévouement, il disputait des épreuves le dimanche. Très fier de lui, j’avais évoqué le sujet en classe, en disant que mon frère était un coureur ! Mon instituteur m’avait demandé s’il était un coureur de jupons, j’avais je crois répondu : « oui, et il a un très beau vélo de course. »

Le jeudi, à l’aide de roseaux, d’une vieille chambre à air de vélo pour la bande de caoutchouc, et de fil de fer, nous fabriquions des fusils pour jouer aux cow-boys. Avec un gros roseau préalablement troué à l’intérieur dans le sens de la longueur, une bande de caoutchouc, que nous fixions sur le bout du canon et la gâchette en fil de fer mise en place, notre arme redoutable était prête. Nous introduisions une flèche en roseau également dans le canon après l’avoir prise dans le caoutchouc, et verrouillée par le fil de fer faisant office de queue de détente. Il ne restait plus qu’à presser dessus pour que la flèche soit éjectée très loin.

Enfin à cette période, le samedi soir, je guettais l’arrivée de ma sœur Madeleine, elle habitait Alger et nous rendait souvent visite en fin de semaine. Elle nous avait bien fait rire un jour où le médecin était venu à domicile pour me visiter. Il lui avait demandait si elle était ma sœur. Surprise elle avait bredouillé je pense quelque chose comme cela : « Je ne suis pas ma sœur, je suis sa sœur. » Nous pensions qu’il en avait déduit quelle était, (complètement à tort d’ailleurs), l’idiote de la famille. Et cela provoquait toujours une bonne rigolade lorsque nous évoquions cette anecdote ensemble.

Rémy CARRIERE - MONJEON

Extraits de son roman : LE SOLEIL LA MER et LE FEU (éditions EDILIVRE - Paris)

 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Présentation

  • : Le blog de aehd-hussein-dey.over-blog.com
  • : L'Amicale des Enfants d'Hussein-dey a été créée en 1984 pour permettre aux Hussein-déens, repliés en France, après l'indépendance de l'Algérie, de se retrouver et de se réunir afin d'évoquer, dans la bonne humeur et l'amitié, les souvenirs de leur jeunesse.
  • Contact

Profil Du Webmaster

  • MORETTI Hervé
  • Hervé MORETTI fils de Marcel MORETTI,   gymnaste à 
HUSSEIN DEY , rue Zerouk et de Paule ROLAND quartier Jordy
  • Hervé MORETTI fils de Marcel MORETTI, gymnaste à HUSSEIN DEY , rue Zerouk et de Paule ROLAND quartier Jordy

Nombre de visites

 

Depuis le 4 juillet 2010

Recherche